Végétaux, des choix très réfléchis
février, 2008Dans la Résidence, chaque soignant propose un projet ou une activité, personnalisés suivant ses centres d’intérêts. Madame Morvan (infirmière-coordinatrice), passionnée de jardin, a élaboré un grand projet floral auquel sont déjà associées, Madame Mendès (psychomotricienne) et Madame Mahlous (animatrice) en attendant d’en faire profiter les autres membres du personnel, les résidents et leurs familles.

«Pour l’instant on a des arbustes peu fleuris l’été et inexistants l’hiver. Pour offrir le maximum de possibilités, l’objectif est de fleurir tout le long de l’année, de planter le jardin de façon réfléchi, pour le voir changer et l’utiliser de diverses manières: contre la perte de repères en retrouvant un rythme des saisons, pour les ateliers sensoriels, de motricité, de mémoire…»
«Pour le groupe motricité, des choses structurées, visibles, toute l’année, comme des boules de buis, des herbes de la pampa… cela permettrait d’avoir des obstacles, de faire un travail de déplacement dans l’espace, d’équilibre, de faire attention, de ne pas marcher le nez en l’air. Pour que les personnes qui déambulent ne marchent pas sur les plantations au milieu du gazon, on prévoit une petite butte pour les rendre plus visibles…»
«Pour l’atelier sensoriel (1 thérapeute pour 2 personnes concernant les personnes qui ne sont plus dans la relation verbale), ce sera bien de pouvoir travailler dans le jardin plutôt que sur du matériel inerte. Pouvoir stimuler les sens des personnes, pour leur faire garder un contact, les intéresser à autre chose, les sortir de leur enfermement… On a déjà mis de la menthe, il y a beaucoup de personnes qui viennent d’Afrique du nord. En froissant les feuilles de menthe… ça ravive des souvenirs…
A noël, on a planté avec eux des jacinthes, pour manipuler certains matériaux, utiliser un plantoir, toucher la terre, vivre l’expérience…
En touchant des graines dans un seau, en transvasant… Ils nous donnent des choses, il y a des échanges.
Les petits moments sont importants.»
«Pour que ça leur rappelle quelque chose, sortir de l’esthétique des jardins publics et remettre des fleurs de jardin, pas compliquées, des dahlias, des iris, des glaïeuls, des tulipes, des roses trémières, des glycines…
Et tout ça sans trop encombrer le jardin, pour laisser de la place pour du gazon.»
«Pour le choix des végétaux et des emplacements, j’ai listé tous les arbustes avec les hauteurs et les périodes et durée de fleurissement.
Il faut:
• penser à ce qui peut être dangereux, éviter les fleurs toxiques, que certains résidents pourraient mettre à la bouche, protéger des épines (entourer le rosier grimpant de peroskias…)
• prévoir que les parties qui se voient de la salle à manger, soient fleuries aux périodes auxquelles ils ne profitent pas encore du jardin
• cacher la grande arche de béton à l’entrée et l’hôpital côté jardin (la première par des grimpantes et le second par un massif de plantes couvre sol et une haie fleurie de 1,50 m devant et 2,50 m derrière…)

• panacher pour que les floraisons durent longtemps, (jasmin d’hiver puis clématite sur la pergola…)

• fleurir entre les fenêtres, pour égayer le bâtiment
• que les haies puissent accueillir les oiseaux (On a déjà mis en place des cabanes à oiseaux pour que les résidents puissent les voir).
«Le potager, dans 2 bacs va rendre la terre accessible en fauteuil roulant et à une personne assise, avec au milieu un tapis de caoutchouc pour que les déplacements ne posent pas de problème. On pense le placer au bout du jardin (en fonction de la course du soleil). Le but n’est pas de cultiver des tomates pour tout le monde, mais plutôt d’avoir des fines herbes…»
«L’idée est d’inclure le projet global dans le contrat d’entretien et de travailler en amont avec le responsable du CAT qui s’occupe de nos espaces verts, pour budgéter l’achat des végétaux et évaluer le travail… Il y aura un peu de taille, mais il faut choisir des arbustes rustiques, des choses simples. Nous allons faire des demandes de subventions….
Au départ c’était de la terre de remblai, c’est miraculeux que ça pousse. Cette année, on a amené 3 tonnes de terre pour combler les trous du gazon et pour planter.»
Le jardin sert beaucoup
Certains vivent un peu en autarcie. Un jardin ça re sociabilise les gens, un moment de partage, entre eux, avec leur famille, ça crée la parole, les enfants disent «Oh regarde…, ça me rappelle…»
On a acheté des piscines d’enfants pour faire tremper les pieds.
Nous faisons nos pauses là, un peu plus loin quand il y a des personnes qui déjeunent.
L’été, tout le personnel mange dans le jardin, de temps en temps aussi une table de résidents.
Ils y goûtent très souvent.
…
Publié par sophie
Les enfants du personnel peuvent venir passer les mercredis dans la résidence, pour simplifier l’organisation des parents.
Dans la continuité, ce qui agrémente aussi le regard, c’est que de l’autre côté du grillage, l’agencement de fleurs de la ville fait une barrière supplémentaire avant la sortie d’autoroute.
Les couloirs longs créent une appréhension, ils paraissent infinis, les résidents n’osent pas s’y engager. Au bout il est donc nécessaire d’arrêter visuellement l’espace, en disposant des plantes contre les murs du fond pour faire des taches.
A l’extérieur, le jardin qui donne pour l’instant sur un grand terrain vague a été clos par des canisses, car les grands espaces visibles attiraient les personnes désorientées qui cherchaient à fuguer.
En 2004, le jardin a été une priorité au moment de la conception et le directeur a eu la chance de travailler en amont avec le paysagiste.
Pour améliorer l’existant, un investissement vient d’être fait pour une tonnelle épaisse pour faire courir la glycine en arc au-dessus du petit chemin…
Mais le jardinage peut aussi demander assez peu de moyens, des envies et de la récupération, chacun amène des plantes, soignants, familles…
Puis pour 2010, projet d’une terrasse autour du magnolia pour rendre accessible l’ombre fraîche et agréable en été aux personnes en fauteuil roulant.